L’anorexie : le fléau qui rend fou

Il est 7h45, j’ouvre Instagram dans le tram allant à la fac et déjà, le flot de mannequins qui y règne me fait regretter mon petit déjeuner. Bienvenue au paradis des complexes, où la frontière entre le corps idéal et l’anorexie est si mince.

La maladie, on ne la connaît que grossièrement via quelques cannes de flamands roses que l’on aperçoit ici et là… Au fond on ne s’y intéresse pas vraiment tant qu’elle ne nous touche pas.

Il est clair que mes parents n’ont jamais eu ce genre d’inquiétudes à mon sujet puisque ma tête pense Kinder quand le miroir dit régime. Inutile de vérifier que je ne rentre pas dans du 34, ça bloque au niveau du mollet !


Justement, ne connaissant rien de ce qui se cache derrière l’anorexie (ANA pour les intimes), j’ai demandé à Anouk de m’en détailler les codes.

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Belle, élancée et sportive (désolée messieurs elle est prise), on ne soupçonne rien et pourtant elle est plus volontaire que jamais à témoigner et aider.

Ça commence comment ?

L’adolescence, c’est une période charnière pendant laquelle on tente d’accepter que son corps a changé et qu’une simple chips va créer un nouveau bourrelet. Le succès n’étant déjà pas au max, la chips ne va pas arranger les choses… Bref, on se trouve moche et grosse

J’ai découvert aujourd’hui, grâce à Anouk, l’état d’esprit des gens morphologiquement minces : « the other side ». Oui mesdames et messieurs, curieusement ils partagent aussi cet état d’esprit.

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Ça ne concerne pas que l’adolescence et ça n’est pas qu’un trouble alimentaire ; il suffit d’un choc émotionnel, d’une réflexion qui passe mal, du stress.

Phase 1 : Perdre pour retrouver une bonne image de soi !

  • Activation du cerveau en mode salade verte et trucs sains.
  • Le sucre est notre ennemi sortons-le de notre vie.
  • On a jamais autant aimé le sport.

= objectif réussi on est content (ça y est on peut fermer le bouton du jean). Jusque là tout va bien, c’est à partir de la Phase 2 qu’il faut sérieusement s’inquiéter.

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Phase 2 : On est tellement content qu’on veut bien perdre encore.

L’anorexie ça commence à ce stade. Il ne s’agit pas d’être squelettique, simplement d’opérer un contrôle continu et obsessif sur soi tout en ayant une image faussée de son corps

  • élaboration de stratagèmes pour manger moins : boire plus d’eau, mâcher du chewing-gum, s’occuper sans arrêt pour ne pas manger.
  • Le cerveau devient un compteur de calories permanent
  • Sentiment de culpabilité après avoir mangé
  • Les protéines et féculents sont nettement moins présents dans l’assiette (sauf si ça n’est pas trop gras).
  • Les repas sont organisés dès le réveil.

= les gens remarquent qu’on perd du poids et ça nous fait plaisir ! Chaque kilo de perdu est une victoire personnelle. Ça devient une addiction.

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Phase 3 : Ça part en cacahuète

  • Dans le miroir on se voit toujours aussi grosse. La restriction alimentaire ne suffit pas, on fait plus de sport : 12 km par jour vous pensez que c’est suffisant ?

« C’est l’heure des conséquences, celles qui nous collent au corps toute la vie et dont l’impact nous laisse indifférent quand on est anorexique ».

  • aucune émotion et l’amabilité d’une porte de prison
  • problèmes cardiaques que l’on découvre seulement à l’hôpital, il est parfois trop tard).
  • perte de cheveux
  • dents fragiles
  • problèmes de tension
  • circulation du sang perturbée
  • ostéoporose
  • dépression
  • carences
  • aménorrhée
  • maigreur
  • idées suicidaires « je ne sers à rien bla bla bla »
  • volonté de repousser ses limites (drogue, alcool, challenge) pour essayer de retrouver des sensations. On a l’impression que le corps est immunisé.
  • On devient mythomane sur la quantité de nourriture que l’on ingurgite

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L’entourage se rend compte de l’anorexie et veut te sortir de là : 1er déclic de ta part qui autorise la tournée des psychologues, médecins, diététiciens, endocrinologues et tout le suivi médicalisé à l’occasion de rendez-vous éparpillés. On espère que c’est suffisant mais ça ne l’est souvent pas, tu perds encore du poids.

« C’est l’été 2014, celui des vacances en Angleterre avec mes parents. On se balade sur une falaise, il y a du vent. Mes parents m’agrippent de chaque côté pour ne pas que je m’envole ou que je saute ».

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C’est le 2e déclic, celui qui va te maintenir en vie grâce à une hospitalisation. Certes, quelle vie de rester enfermée dans quelques mètres carrés, sans contact avec les autres patientes, pour éviter l’influence mutuelle.

Tu acceptes cette courte parenthèse vitale qui t’offre une chance de retrouver une vie normale. Ta vie est rythmée chaque jour par la pesée, la sonde, le régime alimentaire pour atteindre un poids correct. C’est un combat car le goût est perdu depuis longtemps et chaque bouchée est impossible à avaler, à accepter.

Ca se passe comment « quand on s’en sort » ?

Certains passent quelques mois, voire quelques années à écouter cette ou ces voix qui les pousse(nt) à contrôler totalement leur alimentation, d’autres y consacrent toute leur vie. Lorsqu’on est « guéri(e) », seul un coup dur suffit à nous faire retomber dans la maladie.

Les conseils de tata Anouk :

  • Quand on se rend compte que ça ne va pas, il faut mettre son petit égo de côté et accepter d’appeler à l’aide.
  • Se méfier des groupes de paroles sur l’anorexie (physiques ou virtuels) qui peuvent être un vrai moteur dans la guérison comme un boulet à cause d’encouragements tels que « je n’ai pas mangé depuis 3 jours et je me sens super bien ! ». On élimine les boulets !
  • Se méfier aussi des groupes de nutrition sur les réseaux sociaux qui provoquent l’anorexie chez certains rien qu’avec des photos. Ça peut aussi être d’une grande aide. Anouk est toute fière de me dire qu’elle s’est mise au fitness et au végétarisme grâce aux groupes Facebook ^^ (je vous ai dis qu’elle était prise ?).
  • Attention aux femmes battues qui tombent souvent dans l’anorexie à force de se sentir coupables (d’ailleurs à ce sujet vous pouvez aller voir l’article Debout pour les femmes).

Quelques mots sur les autres formes de troubles alimentaires :

Anouk était concernée par l’anorexie restrictive qui vise à réduire les apports. Il existe d’autres formes de troubles alimentaires comme l’anorexie boulimie, ou l’anorexie boulimie vomitive). L’orthorexie c’est l’obsession de manger sain, c’est reconnu depuis peu mais pris en charge de la même manière.

Le mot de la fin :

Battez-vous, appelez à l’aide, apportez votre soutien et reprenez du kinder bueno.

4 Commentaires

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  1. 1
    Nutri'Fantaisie

    Merci beaucoup pour cet article très complet et vraiment intéressant avec le témoignage de ton amie!
    L’anorexie est un trouble vraiment compliqué à se défaire et est à mon sens beaucoup trop mortel. Il est nécessaire d’en parler, parce que l’obsession de cette minceur et du corps parfait est juste totalement débile mais beaucoup trop présente dans notre société.
    Bisous à toi

    • 2
      admin3598

      Oui tu as raison on n’en parle pas assez et pourtant elle nous entoure tous les jours.
      Je vais dès que possible ajouter le témoignage d’une fille qui se bat pour ça et qui est extraordinaire j’espère qu’il te plaira ????

  2. 3
    Jeanne Msp

    C’est hyper important de parler de tout ça, je pense qu’il y a + de filles que l’on ne le pense qui sont atteintes d’anorexie, et qui ne le savent même pas ! Merci pour cet article !

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